The Young Pope
De Paolo Sorrentino. Avec Jude Law, Diane Keaton, Silvio Orlando
Italie, France, États-Unis, 2016, 10 épisodes, 55 min.

Synopsis :
L’élection du pape Pie XIII (Jude Law), premier américain à exercer cette fonction, vient bouleverser les habitudes de la cité du Vatican qui voit sa politique et ses doctrines complètement changées.


Rien de mieux, cet été, que de finalement se laisser tenter par la série qui vous trotte depuis longtemps dans un coin de la tête n’attendant que le meilleur moment pour surgir. Comment résister alors à l’appel des jardins du Vatican et des palais de marbre qui abritent un monde surprenant et jubilatoire (oui oui !).

Car s’il n’est pas évident d’entrer dans l’univers cérémonieux et écrasant du Vatican tant les codes de cette vielle institution peuvent sembler obscures, c’est tout de même avec grande curiosité que l’on suit les premiers pas du jeune pape, Pie XIII dans l’occupation de ses nouvelles fonctions. Il est vrai que le personnage incarné par Jude Law – à l’instar de ses partenaires, comme la remarquable Diane Keaton – exerce un pouvoir de fascination sans pour autant se laisser facilement appréhender.

Le grand intérêt de cette série porte, selon moi, sur l’ambiguïté des personnages qui au fil des épisodes – et c’est le cas principalement pour sa figure centrale – apparait dans le développement des différentes facettes de leur identité. C’est donc au travers du prisme du doute, des relations cléricales ou amoureuses, de la politique que l’on s’attache puis que l’on déteste ces personnages qui reflètent nos propres contradictions. Car en infiltrant le quotidien de la Colline du Vatican, cet univers aux décors contrasté qui mêle marbre et verdure, les personnages n’en deviennent que plus familiers et attachants. Comment faut-il réagir alors lorsque notre pontife favori se mue dans des idées profondément conservatrices (voire obscurantistes) et que l’on ne peut s’empêcher de lui préférer son adjuvant politicien certes plus progressiste, mais assoiffé de pouvoir ? En réalité, c’est le système factice et hypocrite dans son entièreté qui est décrié et c’est au travers du bouleversement des codes par un personnage fondamentalement ambivalent et par les audaces formelles et esthétiques de la réalisation que le pouvoir dénonciateur s’opère. En effet, les images et les sons ruissellent de ce goût de la provocation qui laisse un sentiment jouissif sur la langue. La figure sacrée du pape est mise à nu sur un air de LMFAO. Oui, Pie XIII sait qu’il est sexy et il en joue ! Et ça ne peut être qu’avec surprise que l’on découvre quelques instants plus tard, un personnage grave et intransigeant qui émet un discours d’une effroyable intolérance.

Cet humour de la rupture ponctue la série rythmée par des séquences plutôt lentes appuyées par l’intensité des gros plans et d’autres, rapides, qui par touches et associations fondent le désir de questionnement et de réflexion bienvenu. Certes, on pourra déceler parfois quelques facilités de traits et poncifs, mais tout ceci rendant d’autant plus absurde et comique l’univers dans lequel les personnages évoluent.

Alice Fuchs