Depuis le début du XXIème siècle, il est plutôt rare de voir des films présentant un cast d’acteurs extrêmement connus et les exploitant au plein de leurs capacités. Les derniers exemples en date, au-delà des franchises très connues comme Marvel ou Star Wars qui ont pour la plupart des acteurs dont la popularité est créée par ces dernières, sont les trois opus de The Expendables, films d’action dégoulinants de testostérone faisant fantasmer n’importe quel « homme » occidental né au début des années 1980. Cependant, ces films ne se servent pas vraiment de leurs acteurs en tant que gage de qualité du jeu mais plutôt en tant que supports d’une stratégie commerciale dont l’efficacité n’a d’égal que la quantité de sueur sur les pectoraux d’Arnold Schwarzenegger dans chaque plan de ces films. Cependant on va voir avec le film abordé aujourd’hui que l’on peut traiter la chose de façon complètement différente…

Aujourd’hui, il va donc s’agir de parler de la dernière adaptation cinématographique du célèbre Roman policier d’Agatha Christie, Murder on the Orient Express, publié originalement en 1934 et ayant eu droit à une première adaptation au cinéma en 1974. L’intrigue est plutôt simple à comprendre : après une petite enquête à Jérusalem, résolue avec une grande facilité par le célèbre détective Hercule Poirot, rationaliste à tout épreuve dont la perfection des déductions n’a d’égal que celle de sa moustache. Ce dernier, ayant besoin de petites vacances, se rend ensuite à Istanbul afin d’embarquer dans l’Orient Express pour profiter de quelques jours de repos avant sa prochaine enquête. Cependant, durant une nuit du voyage, une avalanche stoppe le train sur le flanc d’une montagne. C’est alors que l’on découvre qu’un passager a été assassiné pendant la nuit. Poirot décide donc de démasquer le meurtrier parmi les fortes personnalités à bord en attendant que les secours déblayent les voies pour que le train reparte.
La première chose que l’on peut remarquer en se penchant ne serait-ce que sur l’affiche de ce film, c’est son cast composé d’un nombre exceptionnellement élevé de stars. En effet, la première adaptation de 1974 adoptait déjà une stratégie similaire en réunissant des acteurs tels que Albert Finney, Lauren Bacall, Ingrid Bergman, Jean-Pierre Cassel, Sean Connery, Anthony Perkins et j’en passe. La version de 2017 nous présente évidemment les mêmes personnages (à l’exception du directeur de train) : la chaste nonne (Penelope Cruz) ; le gangster (Johnny Depp, quelle surprise) ; Le professeur (Willem Dafoe) ; la séductrice (Michelle Pfeiffer) ; la gouvernante (Daisy Ridley), la princesse (Judi Dench) ; etc. sans oublier Hercule Poirot lui-même ici incarné par Kenneth Branagh, que nous retrouvons ici aussi à la réalisation. La première question qui surgit lorsque l’on voit un tel déploiement de superstars est évidemment « est-ce vraiment utile au-delà de l’aspect marketing ? ». En guise de réponse, il faut bien admettre que, malgré le fait que les chèques de certains acteurs ont dû être douloureux à payer pour leur temps effectif à l’écran, c’est diablement efficace. L’histoire se développant au sein d’un huis-clos (le train) et s’articulant en une série d’interrogations de personnages aux personnalités fortes et distinctes, la présence d’acteurs connus permet de facilement les identifier et de mettre en valeur leur jeu. De plus, la réalisation, elle aussi pensée autour du jeu des acteurs, met ces derniers en valeur en ayant recours à des plans très longs, voir des plans-séquence, qui permettent une plus grande authenticité en forçant des performances beaucoup plus longues que dans un simple champ-contre-champ. Une grande profondeur de champ, couplée à un niveau de détail très élevé (beaucoup de choses dans le champ, utilisation d’un grand angle), crée par la même occasion un effet « détective », poussant le spectateur à chercher le moindre détail dans un espace extrêmement vaste afin de résoudre l’énigme, exactement comme Poirot pourrait le faire. En parlant de détail, le support technique employé (la pellicule 65mm), presque deux fois plus large que de la pellicule classique, sublime le tout en offrant une qualité d’image assez remarquable.
En ce qui concerne l’intrigue directement, je ne m’étendrai particulièrement dessus si ce n’est pour dire que le film reflète plutôt bien la qualité du matériau littéraire original tout en donnant quelques touches de modernisme à une histoire qui aurait pu paraître un peu trop classique et peu ancrée dans un contexte contemporain. Par exemple, l’addition d’un léger discours s’articulant autour de la problématique des rapports racialisés , en choisissant Leslie Odom Jr. pour interpréter le docteur Arbuthnot, précédemment incarné par Sean Connery dans la version de 1974, s’ancre bien dans le contexte de production d’une Amérique contemporaine en proie à des conflits socio-ethniques et à des oppressions systématiques à sens unique. Ce dernier point ne sert cependant pas uniquement de « quota » mais sert aussi le récit lorsqu’on l’articule à des personnages ouvertement racistes, comme celui du professeur, renforçant ainsi le climat de méfiance entre les personnages.
Au final, Murder on the Orient Express est un plutôt bon film à aller voir juste avant Noël si vous êtes à la recherche d’un remake d’un excellent classique du roman policier qui exploite avec brio un casting impressionnant, ou bien juste si vous n’êtes pas un grand adepte des combats interstellaires de Star Wars VIII: The Last Jedi (qui sort le même jour pour les francophones !).