A l’occasion de la sortie en salle (22 décembre) du dernier long-métrage de Mike Leigh, “Another Year”, déjà passé en compétition à Cannes et bien accueilli par la presse britannique (“Un autre classique de Leigh”, selon la BBC) et internationale (il avait la meilleure moyenne de votes du “Screen Jury”, c’est-à-dire neuf critiques de cinéma venant de différents pays), la Cinémathèque propose une rétrospective intégrale pour (re)découvrir l’œuvre d’un cinéaste qui est rapidement devenu une des figures-clé du cinéma anglais des dernières décennies.

Quelle est donc la particularité de Mike Leigh? Tout d’abord, il fait sa formation initiale comme acteur, avant de débuter derrière la caméra, à l’âge de 28 ans, avec le film “Bleak Moments”,  qui gagne le Léopard d’Or à Locarno en 1972. Malgré ce petit succès, il passe les 15 ans qui suivent au sein de la télévision, en perfectionnant ses techniques de réalisation avec des drames pour la BBC. Ce n’est qu’en 1988 qu’il fait son retour au grand écran avec “High Hopes”, qui inaugure un rythme assez régulier d’un film tous les deux ou trois ans. Ce sont des œuvres simples mais en même temps plutôt complexes, reconnaissables grâce au style sobre et très réaliste de l’auteur (ce que les anglais appellent une esthétique “kitchen sink”) et un groupe d’acteurs – Timothy Spall, Jim Broadbent, Eddie Marsan, Sally Hawkins – avec lesquels il travaille régulièrement, en se servant d’une méthode unique: puisqu’il n’existe pas de scénario au préalable, les acteurs, qui connaissent uniquement la partie de l’histoire qui concerne leurs personnages, passent des semaines à improviser des scènes à partir desquelles Leigh construit le film qu’il avait en tête. Cette approche a pour conséquence le fait que, bien qu’il s’agisse toujours de fragments de vie dans l’Angleterre d’aujourd’hui (sauf pour “Topsy-Turvy” et “Vera Drake”), il y a toujours des éléments imprévisibles dans le dénouement de l’intrigue, caractéristique très rare dans le cinéma  contemporain.

Il faut aussi noter que, même si ses films sont qualifiés d’œuvres “d’auteur”, comme le témoignent les différents prix obtenus à Cannes (Prix de la mise en scène et du meilleur acteur pour “Naked”, Palme d’Or pour “Secrets et mensonges”), Venise (Lion d’Or et prix de la meilleure actrice pour “Vera Drake”) et Berlin (prix de la meilleure actrice pour “Be Happy”), sans compter ses six nominations aux Oscars (deux comme réalisateur, quatre – assez étrangement, vu ce qu’on vient de dire à ce sujet – comme scénariste), il s’agit toujours d’histoires accessibles au grand public, remplies d’un humour subtil, typiquement anglais, dont Leigh fait également preuve dans la vie. En fait, lors de son discours de remerciements pour la victoire du Lion d’Or à Venise en 2004, il a fini en disant: “Je veux sincèrement remercier le Festival de Cannes qui a refusé ce film pour que je puisse participer à un autre festival et gagner.” Drôle, concis et droit au but, comme ses films, à découvrir à la Cinémathèque du 1 au 31 décembre.