Lady Bird (Greta Gerwig, 2018) : La réinvention du teenage movie

Le premier long-métrage de la réalisatrice Greta Gerwig (essentiellement connue pour son rôle principal dans Frances Ha, 2012) suit la dernière année de lycée de Christine “Lady Bird” McPherson (Saoirse Ronan). Impulsive, curieuse et égocentrique, Christine veut s’affirmer mais ne sait pas encore qui elle est. “Lady Bird”, nom “qu’elle s’est donné à elle-même, pour elle par elle”, a aussi une relation difficile avec sa mère, Marion (Laurie Metcalf) qui aimerait plus de compassion et moins d’ambition de sa part. Ce film, qui aurait tout pour être juste un autre teenage movie montrant les galères de l’amour dans adolescence, va beaucoup plus loin. Les musiques ringardes du début des années 2000 (le film se passant surtout dans l’année scolaire 2002/03), bien que présentes, n’apparaissent que quand elles sont nécessaires à la diégèse, laissant la place à la délicate bande-son composée par Jon Brion (compositeur récurrent pour l’écurie Apatow et Paul Thomas Anderson).

L’œuvre de Gerwig se distingue des autres également notamment par la place occupée par la ville de Sacramento. Il s’agit en effet d’une espèce de lettre d’amour de la part de la réalisatrice à sa ville d’origine. Nous voyons le pont traversé tous les jours par Marion, le parking où les adolescents se réunissent pour faire tout ce qu’ils n’osent pas encore légalement et même l’église de l’école catholique fréquentée par “Lady Bird”. Tout comme le personnage principal, le spectateur devient attaché à ce bâtiment, même en étant insouciant du catholicisme (la preuve est visible surtout dans les dernières minutes du film). Cette présence de la ville est en effet essentielle car l’endroit où nous avons grandi influence toujours nos choix par ses avantages et ses inconvénients. Christine veut aller vers la culture, qu’elle imagine trouver sur la côte est, et loin de son lycée mais elle s’aperçoit aussi inconsciemment de la beauté du calme de Sacramento.

Contrairement à une certaine norme, Lady Bird ne met pas non plus les histoires d’amour d’adolescents au centre de la narration sans pour autant les exclure du récit. L’amour entre Christine et sa famille, surtout entre elle et sa mère, peut être vu comme le thème principal du film. Les deux sont constamment en train de se disputer, disent rarement s’aimer, pourtant plusieurs scènes montrent de la tendresse entre la mère et la fille, par exemple lorsque “Lady Bird” dort, Marion ne peut pas s’empêcher de l’observer avec affection. Tout le talent de Greta Gerwig est de livrer la preuve la plus marquante de cet amour dans une simple transition : lors d’une réunion avec l’une des enseignantes de son école, la sœur Sarah Joan dit à Lady Bird que l’attention est également une forme d’amour et la scène suivante nous montre la mère attendant Christine essayant des robes pour son bal de promo.

En dépit de quelques changements émotionnels peut-être un peu trop brusques, le film arrive à dresser le portrait de certaines difficultés traversées pendant l’adolescence qui nous avaient l’air d’être “la fin du monde” et qui, finalement, nous aident à grandir et finissent même par devenir des souvenirs drôles. Gerwig fait ceci en évitant le gros plan sur les larmes des personnages et les violons, à la place, nous pouvons prendre l’exemple de scène dans la voiture où Christine et sa meilleure amie pleurent suite à une découverte. Elles apparaissent les deux couchées en un plan rapproché écoutant de la musique triste, qui souligne le caractère ridicule de la scène mais tout en nous faisant penser également à des moments que nous avons tous déjà vécus. Toutefois, le film ne dénigre pas l’importance de ce genre de moments de tristesse, quand Kyle ; le copain hipster de Christine essaie de rendre moindre la douleur du personnage principal en lui rappelant la souffrance des victimes de la guerre, cette première lui dit qu’il n’y a pas que la guerre qui peut être triste.

Lady Bird est donc un coming of age charmant n’étant pas aussi osé que par exemple Boyhood (Linklater, 2014) mais qui amène tout de même une nouvelle façon d’aborder le genre, surtout d’un point de vue féminin. Cette fois-ci le personnage principal n’est pas une jeune fille timide tombée amoureuse du garçon populaire au son des meilleurs hits des années 2000, mais une adolescente certes inconstante, cependant, captivante par son envie de prendre les choses en main et son évolution dans tous les aspects.
Avec son premier film en tant que réalisatrice Greta Gerwig crée un paysage de ce que veut dire être une adolescente sur le point de devenir une jeune femme avec des touches d’humour parfois un peu absurdes mais en évitant tout de même une simplification du personnage principal comme nous avons l’habitude de voir.